Cinquante-quatrième commande proposée par l'Atelier en question(s) :
"Quel est le pays que vous souhaitez absolument visiter ?" ;
Voyez plutôt... (allez ! vous avez bien cinq à dix minutes, chrono en main) 😎 


Vintage stories : " Le nez dans les étoiles "


-- Frontière turco-irakienne, fin avril ‘98 --
Le nez dans les étoiles, assis sur un rocher où ils avaient leurs habitudes, un peu à l’écart de leur camp de base, deux soldats de l’élite commando de Sa Majesté Britannique devisaient mollement, envisageant vaguement ce qu’ils feraient de leurs os, au terme de cette campagne dont il savaient pertinemment qu’elle aboutirait sur un conflit ouvert des forces coalisées contre le régime de Saddam Hussein…

Le capitaine Humphrey Steelwell, aide de camp de son commandant (contre le dos duquel il prenait appui), rompit un de ces silences qu’ils aimaient parfois laisser s’installer entre eux, après avoir lâché un sourd et lent soupir :
“Au final, quand j’y repense, j’ai pas mal bourlingué sur cette planète, mais jamais pour le plaisir de profiter du spectacle, sans barda ni camouflage et surtout sans armes prêtes à tuer, déclara-t-il.”
Dans son dos, le commandant William Tolhurst se fendit d’un petit rire où perçait quelque fatale ironie.
“- C’est vrai ? Même pas entre deux missions ? s’enquit-il auprès de son compagnon d’arme. Je ne te parle pas des perms, bien sûr. Mais, tout de même, il nous est arrivé d’avoir au moins deux mois d’intervalle entre deux raids. Et tu n’en as jamais profité pour voyager ? Même pas après ton divorce, Humphy ?
“- C’est pourtant vrai : même pas ! reconnut le soldat, retiré des opés sur le terrain pour blessure à la jambe dont il garderait à vie une claudication presque simiesque. Pas que j’en ai pas eu l’idée ni l’envie. La flemme, peut-être ou… la crainte de me balader, sans défense, dans un pays étranger ou quelqu’un pouvait me reconnaître et m’en foutre une…
“- Allons, Humphy ! Nous n’avons pas guerroyé sur toutes les parties du globe, voyons.
“- Ouais, non… admit l’aide de camp. C’est qu’aujourd’hui, avec la globalisation et tout ça, n’importe qui peut aller n’importe où.
“- Et quoi ? s’exclama sans éclat son supérieur. Ceux qui ont vu notre visage ne sont plus là pour en témoigner, tu le sais fort bien.
“- N’empêche… N’empêche… soupira Humphy. Les renseignements, les yeux invisibles, ceux des commanditaires, ceux des cibles… Ben, ça fait un paquet de probabilités qu’on me la mette…
“- Par devant ou par derrière, ce jour où tu viendras, mon frère… Oui, je sais la chanson comme toi, Humphy. Mais on a signé. Pour en chier, d’accord. Pas pour s’empêcher de vivre, quand même, lui opposa Tolhurst, avec bienveillance. Dis-moi plutôt : quel pays souhaiterais-tu visiter plus que tout autre ?”

Désarçonné, Humphy s’accorda le temps de réfléchir à la question avant de capituler :

“- Aucune idée, en fait, avoua-t-il. Moi, quand je rentre au pays, je ne souhaite rien tant qu’être pénard chez oim, ou d’aller aux pubs, ou jeter des cailloux dans la Trent… Et toi, Sa Majesté commandant - sauf ton respect, enfoiré de Gallois : Quel pays souhaiteriez absolument visiter, Mylord ? s’enquit Humphy sur un ton des plus affectés. Les îles du Pacifique ? La Toundra ? Le Tibet ?
“- Si je te le dis, tu vas rire, Humphy, annonça Tolhurst.
“- La France ? Nooon !!?? Pas la France, hein ? s'indigna exagérément (mais sincèrement), Humphrey.”
Tolhurst éclata de rire, cette fois avec une ample générosité.
“- Pas la France, non, en effet. Mais parce que je la connais bien, et l’apprécie à bien des égards, dût-il arguer, pensif."

Un instant perplexe, l'aide de camp s'écria :
“- Allez, non ! Pas les States, Sir ! ronchonna Steelwell pour la forme, sachant la chose très improbable. Alors quoi ? Allez, dis quoi !
“- L’Irlande, Humphy. L’Irlande, répondit un Tolhurst, rêveur encore.
“- Qui… ? Que…?! Quoi ?!! tonitrua l’aide de camp, moqueur. Toi ! Votre Majesté galloise, chez les planteurs de patates ?”

Tous deux partagèrent un fou rire monumental sous le sempiternel ciel de Perse, le nez dans les étoiles et les crocs sous la lune.

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Pour embrasser tout le fil du feuilleton.


tiniak ©2022 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
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Le feuilleton développe à présent sa DEUXIÈME PARTIE
Intitulée 
"vintage stories", elle opère un retour sur les motivations des personnages, principalement autour de celles qui conduiront Anne-Sophie Grangier, mère du personnage central, à convaincre Sophronyme de renverser le modèle mondial dominant. 

Le principe de publication demeure le même; il répond aux questions hebdomadaires posées par l'Atelier en question(s), proposé par AnnickSB (que je ne remercierai jamais assez pour cette intiative).