Quarante-huitième question posée par l'Atelier en question(s) :
"Vous ne pensez pas avoir été arnaqué ?" ;

Voyez plutôt... (allez ! vous avez bien cinq à dix minutes, chrono en main) 😎 


Vintage stories : " Arnaques en règle "


-- Salle de débriefing, dans un local italien d’Interpol - 8 avril '98 --
Le jeune commissaire Henri Varlotta éprouvait quelques difficultés à se concentrer sur le déroulé de la réunion, dirigée par un cadre italien d’Interpol, suite à certaine macabre découverte, faite la veille, dans la villa lombarde d’un mafieux notoire.
Après quelques échanges autour des constats, on en venait maintenant à formuler des hypothèses sur les conséquences de ce crime, exécuté “en réunion” avec une précision toute professionnelle sur la plupart des victimes, à l’exception de l’agent infiltré sur lequel une véritable sauvagerie s’était déchaînée.

La fouille du lieu (par les meurtriers) avait, elle, été chaotique. La maison en avait des airs de chantier; certains murs et parois ayant été défoncés à la masse.
A l’évidence, quelque chose avait été dérobé dans la petite chambre forte attenante à une chambre de l’étage - celle du mafioso, évidemment. D’autre part, aucun ordinateur, portable ou non, n’avait pas été retrouvé par les agents, alors qu’une imprimante colossale encombrait un bureau aménagé dans l'entresol du chalet.

Mais, décidément, Varlotta n’était pas à son affaire.
Tandis que ses pairs, limiers de tous ordres - dont les Stup’ locaux et la BRI française, discouraient et échafaudaient diverses théories, Varlotta demeurait muet. Il n’avait, en fait, qu’un souci véritable : savoir ce qu’il avait bien pu advenir de son fidèle major, l’agent Robert Merle, subitement disparu avant même que Varlotta ait pu formuler la demande de son rattachement à la brigade criminelle, dont Henri Varlotta avait nouvellement la charge. Ce à quoi il tenait pourtant, mordicus !
Robert avait été récemment affecté par le décès de son ancien mentor, tombé lors d’une fusillade qui s’avéra être une embuscade, durant laquelle le capitaine Jacques Le Saulnier mourut dans ses bras. Dès lors, le major Merle sombra dans une dépression où s’invitèrent alcool et drogue. Raison pour laquelle, Varlotta convia son agent favori en sa maison de bord de mer, pour qu’il se refasse une santé. Or, deux jours avant leur retour prévu à Paris, Robert Merle lui avait faussé compagnie et ne s’était plus manifesté depuis… Depuis bientôt six jours !

Une phrase, lâchée dans le fil du brainstorming qui suivait son cours, arracha Varlotta à ses réflexions personnelles :
“Vous n’avez pas l’impression de vous être fait arnaqués, du coup ?
Varlotta sursauta. Les autres soupiraient leur déception.

“Qu’en dites-vous Varlotta, l’apostropha l’animateur du débrief ? Vous n’avez pas lâché un mot, depuis quelque temps.”
Le (plus) jeune commissaire de la Crim’ française s’excusa sommairement avant de répondre :
“Dans cette affaire, le grand banditisme s’évertue à brouiller les pistes, commença-t-il. Ce que nous tenons pour sûr, grâce à notre source désormais tarie - pour dire les choses pudiquement, c’est que le Milieu, adossé à de gros portefeuilles financiers, plus ou moins bien identifiés, préparent une attaque massive, d’ampleur internationale, contre tout ou partie de nos gouvernants européens.”
Pas mécontent de l’attention qu’on lui portait soudain, Varlotta poursuivit :
“Question : cette entreprise de déstabilisation, à qui peut-elle bien profiter ? Voici, à mon humble avis, ce à quoi nous devons répondre en premier lieu. Déjà, pour cesser de leur courir après tous azimuts et, tout au contraire, obtenir enfin d’opérer avec quelques coups d’avance sur ces malfaiteurs.”
L’assemblée se renfrogna discrètement. Ils étaient partis dans bon nombre de directions, mais, il leur fallait bien le reconnaître, “le jeunot” avait mis le doigt dessus : ils devaient s’accorder sur une méthode. Et, poser en préalable la question du mobile leur donnait à la fois matière à concentrer les efforts de chacun selon sa spécialité puis, si l’on y parvenait, savoir “à qui le crime profite” leur procurerait un réel et sérieux avantage.
Les brigades et services financiers, diversement répartis de part et d’autre du Rhône et Rhin, auraient davantage de fil à retordre qu’auparavant. Mais ils s’appuieraient désormais sur un axe méthodologique qui leur donnait une direction à suivre. En cohérence... 

***

-- Paris, Aéroport Charles De Gaulle - 12 avril ‘98 --
Traversant le hall de débarquement pour regagner un véhicule où l’attendait son chauffeur parisien, Karl Baumann, flanqué de son fidèle Rutger, arborait le visage serein d’un touriste lambda de retour de Thaïlande. Sauf qu’il n’était pas un touriste lambda et que son visage affichait la satisfaction de ses appétits sexuels, voraces et immoraux.
“- Je crois que je n’aurais pas supporté de retrouver les frimas parisiens persistants, sans ce divin détour, Rutger, soupira d’aise l’entrepreneur prussien. Avec ça, pour y voir mon épouse enceinte et lui faire mes hommages; berk ! ajouta-t-il avec un réel dégoût. Berk ! Berk ! Berk !”
Prenant à présent place avec lui dans l’habitacle douillet de la Mercedes, son secrétaire manifesta sans ambage son inquiétude :
“- À ce propos, monsieur, avança Rutger, n’avez-vous pas le sentiment de vous être fait arnaqué ?
“- Par qui ? s’étonna brusquement Baumann, presque offusqué.
“- Mais par votre femme, précisa Rutger. Cet enfant…”
“- Cet enfant est une garantie de garder notre commun patrimoine dans le giron familial, le coupa sèchement l’industriel rétrograde.”

Rutger marqua une pause silencieuse et circonspecte avant de s’autoriser à revenir sur le sujet.
“- Pardonnez-moi d’insister, cher Karl, mais il se pourrait que madame Grangier puisse tirer un meilleur parti que vous de cette naissance, osa-t-il formuler, comme hypothèse autant qu’en manière d’exhortation à la prudence, à l’adresse de son patron doté d’un naturel enclin à la paranoïa; tout spécialement concernant ses intérêts pécuniaires. Voyez-vous…
“- Rien ! Je ne vois absolument rien à redire à cette manœuvre, Rutger ! s’énerva Baumann pointant un menton rageur droit devant lui. Anne-Sophie et moi-même sommes très clairement convenus de ce calcul. Il vient sceller la suite logique de l’union de nos juteux intérêts. Voilà tout !”

Entre eux, un silence tendu se prolongea jusqu’à leur arrivée dans le parking privé, aménagé dans la cour intérieure située à l’arrière de l’hôtel parisien, propriété de la famille Grangier sur les Grands Boulevards.

pol22-4_p2_Bob-pinces

>la suite <
___

[précédent]


Pour embrasser tout le fil du feuilleton.


tiniak ©2022 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
ⓁⓄⓋⒺ ! ⓁⓄⓋⒺ ! ⓁⓄⓋⒺ !


Le feuilleton développe à présent sa DEUXIÈME PARTIE
Intitulée 
"vintage stories", elle opère un retour sur les motivations des personnages, principalement autour de celles qui conduiront Anne-Sophie Grangier, mère du personnage central, à convaincre Sophronyme de renverser le modèle mondial dominant. 

Le principe de publication demeure le même; il répond aux questions hebdomadaires posées par l'Atelier en question(s), proposé par AnnickSB (que je ne remercierai jamais assez pour cette intiative).