Vingtième question : C'est quoi au fait, votre ministère ?
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Episode 20 - Qui s'y frotte, s'y pique !

--Paris, bureau de la IIème Brigade Criminelle--
Le téléphone fixe du bureau de Robert Merle sonna.
“Zounia, peut-être ?” supputa l’officier pour lui-même.
Il décrocha.
“- Bonjour. Lieutenant Robert Merle à l’appareil, annonça-t-il.
“- Bonsoir, lieutenant. Dites-moi, vous travaillez bien en binôme avec le major Ben Lemna ?
“- En effet, confirma l’enquêteur. Qui le demande ?
“- Le commandant Garel, répondit avec autorité l’interlocuteur pressant. Pouvez-vous me dire où, d’après vous, se trouve à présent votre collègue ?
“- Sur le terrain d’une enquête, commandant, répondit succinctement l’officier de police. Mais dites-moi donc, c’est quoi au fait, votre ministère ?
“- Sûreté du territoire.
“- Et en quoi le major Ben Lemna intéressait-elle la sécurité du territoire ?
L’autre marqua un court temps d’arrêt avant de faire cette réponse sibylline :
“- Vous travaillez bien sur le meurtre de Sir William Tolhurst, n’est-ce pas ? Eh bien, il se trouve que son cas relève, pour une bonne part, de notre compétence.

Robert Merle gambergea vite fait, avant d’insister :
“- Et donc… Je vous réitère ma question : en quoi cela concernerait plus particulièrement le major Ben Lemna ?
“- Aux fins d'éclaircissements que je souhaite recueillir, pour ma part, répliqua sommairement l’officier de la Sûreté. N’obtenant pas de réponse sur son poste fixe, je me retourne vers vous, son supérieur direct, vous comprenez ?
“- Pas trop bien, mais vous allez m’éclairer à votre tour, n’est-ce pas ? ironisa Merle.
L’autre éluda la question et reprit :
“- Avez-vous idée d’où se trouve le major en ce moment, officier Merle ?
L’enquêteur choisit de botter en touche.
“- Ecoutez, commandant, commença-t-il. Les officiers enquêteurs de la trempe du Major Ben Lemna sont tout à fait à même de mener certaines tâches en parfaite autonomie. Pour ce qui la concerne, ordre lui a été donné d’investiguer à l’extérieur pour la journée. La journée touche à sa fin. Ma collègue ne devrait plus tarder à me contacter, soit pour un débrief, soit pour demander une prolongation de son temps d’investigation. Donc, non. Je ne sais pas où se trouve le major Ben Lemna précisément, à cette heure.”
A l’autre bout de la ligne, un soupir précéda un court silence. Puis l’officier de la Sûreté mit fin à la discussion en ces termes :
“- Fort bien, lieutenant. Auriez-vous l’obligeance d’indiquer à votre collègue que nous cherchons à la joindre ? Qu’elle demande le commandant Garel au ministère, on fera suivre. Merci, bonsoir.”
Robert Merle n’eut pas le temps de lui retourner son salut que l’autre avait déjà raccroché.

L'ayant recommandée, entre autres, pour ses formidables facultés en matière de réseau informatique, de codage et décryptage, etc. Robert Merle se doutait que c’était précisément cette singulière expertise du major Ben Lemna qui pouvait intéresser les gars de la Sûreté.
En fouillant dans le passé du vieux lord gallois, Zounia Ben Lemna avait dû chatouiller un coin sensible.
“Le type a tout de même fait partie d’une unité militaire spéciale, agissant pour le compte des renseignements britanniques en Afghanistan, se souvint Merle.”
Plutôt que de se perdre en conjectures inutiles, l’officier décida de joindre sa partenaire sur son mobile. Il tomba directement sur sa messagerie.
Robert Merle souffla de dépit.
“Où as-tu encore été fourrer ton nez, Zounia ? se demandait, fataliste, le lieutenant enquêteur Robert Merle. Il était aussi un peu inquiet.

Parvenu sur le court parvis du commissariat, le commandant Garel ouvrit la fonction vocale de sa montre connectée.
“- Où en êtes-vous ? questionna-t-il sans autre forme de procès. Ben Lemna est-elle toujours en gare de Caen ?”
La réponse ne se fit pas attendre.
“- Non, chef. Elle a fait mouvement. Elle a glissé un billet sous le verre qu’elle a à peine consommé et gagné la station de tram dont la rame est annoncée dans quatre minutes, à présent. Le tout sans quitter ses lunettes... Donc, en continuant de progresser dans son espace virtuel, précisa l’agent subalterne.
“- Un espace auquel nous n’avons toujours pas accès, n’est-ce pas ? s’agaça le commandant.
“- Hélas non, chef. Elle rudement forte, quand même, osa l’agent.
“- Elle a pris quelle direction ?
“- La prochaine rame, comme la suivante, la rapprocheront grandement du quartier où sa mère réside…
“-... La Folie-Couvrechef, oui. On va la perdre pour de bon, cette fois, fulmina sourdement le commandant Garel.
“- Ben… Seulement tant qu’elle reste dans son périmètre sécurisé, tempéra l’agent. Dès qu’elle en sort, on la trace à nouveau, chef.
“- Mouais, capitula mollement l’officier de la Sûreté. Qui sait à quoi elle aura eu accès dans l’intervalle, c’est le souci.”
Garel, dépité, coupa la connexion et entra dans le hall du commissariat.
Se présentant à l'accueil, il réclama un entretien avec le commissaire Varlotta. On le pria de patienter. Le commissaire entendait un témoin dans une affaire importante.

***

--Quelque part dans le darknet, local des Las (p)arkas--
“- Tu n’auras sûrement plus besoin de ce truc-là ici, dit (p)Eater en faisant mine de saisir une lame dans son dos et de la brandir, bras tendu, par-dessus son épaule osseuse et saillante. Il n’y a plus de Kargoons à tuer, ici. Depuis fort longtemps, Zee.”
Zounia Ben Lemna, alias (p)arkZee, soit Zee pour ses proches de Las (p)arkas, haussa les épaules devant les moulinets d’épéiste de (p)Eter, et répliqua, dubitative :
“- Moui… Et bien moi, je ne me sépare jamais de mon coutelas, voilà. Il m’a toujours été très utile. Et ce, dans bon nombre de situations inattendues. Ici, précisément. Vu ?”

Sa qualité de major de police dans le réel faisait de la jeune femme une redoutable combattante virtuelle dans la Ville-Lumière. Notamment grâce à ses capacités physiques; athlétiques et, au besoin, létales. Mais Zounia Ben Lemna n’était pas venue combattre qui que ce soit, dans la Ville-Lumière. Pas comme auparavant, du moins. Elle venait là chercher des réponses à certaines de ses questions d’enquêtrice. Toutes bien réelles, celles-là.

Elle craignait cependant devoir en contourner d’autres, à l’évidence tout aussi réelles, mais restées en suspens, depuis fort longtemps, dans cet autre monde…

“- Ok, bon. I’ll be back*, annonça Zee.”
Elle pointa un pouce vers le haut pour signifier à ses camarades de Las (p)arkas son intention de retourner dans le LeMM : ‘Leur Monde Matériel’.

***

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* "Je reviendrai."

 

>à suivre<
___

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Pour embrasser le fil du feuilleton.


tiniak ©2021 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK


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Il s'agit là d'une nouvelle et fort émoustillante stimulation à produire du récit que nous propose AnnickSB, sur son Atelier en question(S)...

J'y réponds volontiers, car l'exercice, consiste à réaliser un feuilleton au fur et à mesure de questions (im)posées, prévalant, l'une après l'autre, à chacun des chapitres; cela me pousse à sortir de ma "zone de confort" (mes poLèmes) pour explorer davantage ma "prose à hics".
Je prends un plaisir fou à écrire ce feuilleton.
J'espère qu'il rencontrera votre plaisir de lire.