Dans cet espace - on ne peut plus dédié au corps, dans son entier (ou pas) comme dans ses moindres replis, Jean avait une place privilégiée pour jouir du spectacle. Non qu’ils fussent toujours majestueux, le ballet, la valse des corps, passant de plateau en plateau, puis de plateaux en coulisses, le comblaient d’un sourd bonheur. Jean n’était pas très expansif, plutôt du genre méticuleux, cérébral et - mais c’est son métier qui l’y portait, le jeune homme était excessivement fataliste.

Pour l’heure, il goûtait le suspens de ce moment qui touchait à l’intemporalité. Jean savait que toute son attention, sa pleine et entière concentration, son admiration même, contribueraient encore à embellir cette intimité paradoxale où il s’autorisait à laisser venir à sa conscience, le magma de ses sentiments. Toute sécheresse l’abandonnait, alors. La seule vue des corps exposés à son regard, aussi bien amateur qu’expert, lui inspirait des idées fantasques, le laissaient rêveur…

Pas comme les effluves montant de la table de dissection où s’apprêtait à officier le jeune chef de l’Institut Médico-Légal de Lyon - ça, il n’en avait cure.

pvpp2010_serpent-prose-IL

tiniak ©2021 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
pour un 301ème défi d'écriture ludique, lancé par Evy
(sur une liste de mots imposés
Laisser, Majestueux, Rêveur, Intemporelle, Sèche, Admirer, Embellir, Sentiment, Effluve, Espace…)